Lorsqu’il n’est pas lui-même un artiste, le rôle du programmateur d’un lieu culturel est celui du médiateur. Il consiste d’une part à être le mieux possible informé de “l’état de la création” ; d’autre part à percevoir le plus finement comment se compose le territoire où s’inscrit sa mission. Fort de ces deux savoirs, il peut alors espérer réaliser dans les meilleures conditions possibles la rencontre entre l’œuvre et le public.
La question qui est posée par ailleurs - et cela doit être une obsession - est celle de l’élargissement du public. Le programmateur doit en permanence être conscient de la sociologie de ceux qui “échappent” à la fréquentation de son théâtre. Et lorsqu’il se rend dans un festival de théâtre de rue, il y croise souvent ceux-là, depuis les plus jeunes, ceux qui lui disent parfois que le théâtre n’est qu’un truc de vieux pour les vieux, jusqu’à ces familles qui pensent encore que ce qui se passent dans les théâtres n’est pas “fait pour eux”, ou encore que “ça coûte cher”…
Il faut s’emparer de ces potentialités offertes par le théâtre pour la rue, en y apportant nos compétences en matière de médiation. Intégrer dans une programmation culturelle ce théâtre originel (le théâtre en salle est une invention qui a moins de trois siècles), c’est récupérer objectivement les formidables acquis des festivals, terrain naturel et cadres d’émergence de ces compagnies spécialisées, et sublimer notre autre mission essentielle, celle d’inscrire nos projets dans la réalité sociale.
Gratuit ou non, nous ne devons pas craindre ce théâtre qui ne se joue pas dans les théâtres. La fréquentation de nos maisons se renforcera, et se diversifiera. Les artistes y gagneront une exigence artistique qui leur fait souvent défaut. Et la raison de nos actions en sera renforcée, ce qui n’est pas superflu dans les temps difficiles que nos budgets traversent...
Allez, tout le monde dehors !