Récemment, on nous a demandé :
“Alors vous faites partie de ceux qui ont choisi le frontal ou le cercle ?”
Cette question entraîne d’autres questions à propos du chapiteau, de l’artiste et la création.
Sous prétexte que le chapiteau présente de nombreux intérêts :
en terme de possibilités d’implantation sur le territoire
en terme de lien de communication avec un public,
en terme de possibilités de création pour le cercle.
L’artiste doit-il, et est-il prêt à choisir de supporter la charge économique qu’impose l’achat, donc l’amortissement, l’entretien, le stockage du chapiteau ?
Les structures culturelles disposant d’un équipement (salle de théâtre) peuvent difficilement prendre en charge les coûts supplémentaires d’un équipement nomade implanté ponctuellement et les programmations sont donc trop rares…
(Il faut savoir que les bâches d’un chapiteau qui n’est pas monté régulièrement se détériorent très rapidement).
(On peut considérer qu’on amortit un chapiteau en y jouant trois ou quatre créations successives à raison de 150 représentations minimum pour chaque création).
L’artiste est-il prêt à se transformer en entrepreneur pour assumer le risque économique qu’implique une auto-production ?
Est-il prêt à assumer l’obligation de résultat qu’implique cette démarche ?
Est-il prêt à gérer les conséquences de l’attente d’un public d’habitués ?
Est-il prêt à supporter la pression que cette obligation de résultat implique sur son acte de création ?
Un tel équipement ne pourra être amorti qu’après de nombreuses créations.
Le chapiteau présente les avantages liés à la connotation culturelle circassienne patrimoniale mais il est difficile d’y installer des scénographies créées pour exprimer des univers singuliers. Celles-ci sont mises en concurrence avec l’histoire racontée à l’inconscient collectif par l’objet chapiteau. La solution est, soit d’inclure la conception du chapiteau dans l’écriture scénographique globale du spectacle - mais cela implique d’imaginer et de construire un chapiteau pour chaque création ; soit de créer pour le chapiteau tel qu’il existe physiquement et en tenant compte de son impact esthétique.
L’artiste est-il certain de vouloir créer pour le même espace pendant plusieurs créations ?
L’ exploitation du chapiteau implique de choisir de manière quasi systématique la vie nomade.
L’artiste est-il prêt à choisir pour de longues années de vivre l’inconfort, la promiscuité, et parfois les difficultés de la vie familiale dans ces conditions ?
L’artiste doit faire ses choix en connaissance de cause…
Notre point de vue :
Pour que les artistes n’aient pas à subir les charges économiques qui ne sont pas sans incidence sur la création, il est nécessaire que les pouvoirs publics (Europe, Etat, Régions, villes) investissent dans la réalisation et l’implantation de chapiteaux fixes comme à la Seyne sur Mer, Nexon ....). Ainsi les artistes qui le désirent pourront créer pour cet espace scénique sans se censurer ni s’enfermer dans une démarche plus longtemps qu’ils ne le désirent. Ainsi ils n’auront pas à faire le choix manichéen et définitif entre :
“j’ai choisi le cercle pour la vie », ou « j’ai choisi le frontal pour la vie ”.
Le choix doit pouvoir se faire pour chaque nouvelle création.