
Né comme tout le monde à l’Hôpital de la Fraternité de Roubaix au printemps, Wladyslaw Znorko se met à inventer très tôt des histoires influencées par la vision d’un spectacle de Noël au Cercle Nabuchodonosor (ancien club de Boxe). À la maternelle, son rôle du sanglier dans Sylvain et Sylvette titille sa timidité et lui dévoile la source du théâtre.
Son papa, Polonais de la région de Vilnius, soldat de l’armée du Général Wladyslaw Anders, gardien du piano de Chopin et voyageur malgré lui, lui en raconte de belles en montrant ses photos de jeunesse maculées de neige des steppes et d’errances jusqu’aux déserts d’Egypte. Son sens de la géographie en sera définitivement scellé.
Enfant, il pratique aussi l’observation et la comptabilité des wagons sur la voie ferrée voisine. Les trains postaux jaunes et les directs pour la capitale ont sa préférence. Du talus derrière la fabrique Cornu à Croix-Wasquehal (50°40’ N / 3°09’ E), les rails fatigués le transportent à la découverte de l’univers (Cosmos Kolej) et l’usine à rêves produit ses premières curiosités. En 1981, il fonde son Cosmos Kolej dans le Nord. Une panne de carburant l’arrête momentanément entre Saône et Rhône. Il investit la rue et détourne l’ordinaire des lieux en y installant l’insolite. Des petits vélos fleurissent sur les murs de la ville. On les retrouvera plus tard dans les livres d’art sur Lyon. Parmi ses objets fétiches, roues de bicyclettes un peu faussées, ampoules de récupération, robes de baptême ou de communion un peu fanées, il échafaude des performances perpétrées dans les gares et autres lieux d’errance urbaine.
Le Cosmos Kolej est en quête d’un langage théâtral universel. Ses spectacles, appareillages plastiques et poétiques, opèrent sans scrupules la distorsion du temps et du récit en dévoilant au grand jour les ferrailleurs et les mécaniciens qui fourbissent la chaudière de nos songes. La troupe cultive l’art d’égarer le spectateur-voyageur dans les faubourgs de son imaginaire d’où surgissent des secrets insoupçonnés. Dans cet onirisme de la survie entre art brut et art forain, les frontières sont tracées au crayon de bois et comportent de nombreuses traces de gomme. Depuis, ses songes ont demandé l’asile des théâtres. Au rythme de deux cents jours de tournée par an durant deux décennies, il connaît sûrement mieux les cartes Michelin que les trente-quatre pièces de son répertoire. Ses rêveries l’ont peu à peu déporté de l’Est vers l’Ouest.
Après sept années passées en Irlande, il a décidé de revenir en France à Marseille pour relever les entrées et les sorties des bateaux du port à la Joliette. À la Gare Franche à Saint Antoine, son port d’attache marseillais, il continue de faire du théâtre croyant faire de la peinture ou de la poésie, rêve d’opéras depuis qu’il s’y est frotté. Personne n’ose le contredire. Ainsi, il poursuit ses écrits, dont les textes de certains de ses spectacles : Ulysse à l’envers , publié chez Actes Sud Papiers, et Boucherie Chevaline, qui a donné lieu à une production de France Culture.
Depuis sa rencontre avec Vadim Youssof, chef opérateur de Tarkovski, il se laisse à rêver caméra à l’oeil. Fervent admirateur de Youri Norstein qui travaille « dans sa cuisine », il crée les Films dans mon Jardin qui expérimentent un mode de réalisation artisanale. Après le tournage de Le Vietnam dans mon Jardin (n/b 20’ 35mm), Dans mon Jardin, la Mer et 14-18 dans mon Jardin sont en projet. Il développe son travail de transmission auprès des acteurs au Nouveau Théâtre du Huitième à Lyon, à l’ANPE Spectacles de Paris, à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, avec les Chantiers Nomades autour de la lumière au théâtre et au cinéma.